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Un fil à la patte : la saison culturelle démarre du bon pied

Théâtre Rutebeuf - Publiée le 22/09/2017

Samedi 7 octobre à 20h30 sur la grande scène du Rutebeuf, la comédie de Feydeau assurera le lever de rideau d’une saison haute en couleur, où le rire aura une place de choix. Anthony Magnier, acteur et metteur en scène de la compagnie Viva, nous présente ce spectacle.

Qu’est-ce qui permet au théâtre de Feydeau de rester encore aujourd’hui si moderne ?

Anthony Magnier : Feydeau a rencontré un immense succès de la fin du XIXème siècle au début du XXème. Il est ensuite tombé dans une certaine désuétude. Une fois ce temps de « ringardisation » passé, on s’est aperçu qu’il était sûrement un des plus grands auteurs comiques qui ait jamais existé. C’est quelqu’un qui maîtrise complètement l’horlogerie de la comédie, que ce soit sur le comique de situation, le burlesque des personnages, les traits d’esprits, les jeux de mots : il est vraiment très riche de toutes ces choses-là. En plus de cela, il y a quand même chez Feydeau une vision sociale très intéressante, où il décrit un monde composé de mondains et de demi-mondains, un monde sans pitié où les uns et les autres, par cupidité, vénalité, sont prêts à tous les sacrifices pour l’argent et la position sociale. C’était donc passionnant de s’attaquer à ce Fil à la patte, et de plonger dans les méandres du cerveau de Feydeau.

L’écriture de Feydeau est particulièrement précise, avec une musicalité qui lui est propre. Mais sa langue nous parle-t-elle encore ?

AM : La langue est assez proche de la nôtre. Il y a quelques anachronisme, des éléments de langage qu’on utilise un petit peu moins, mais c’est rare, et l’essentiel des constructions de phrases sont du langage parlé, qui est du langage familier ou familier-soutenu, donc on parle encore comme ça aujourd’hui. Après, les mots sont ceux qu’on utilise aujourd’hui, mais on ne parle pas comme ça dans la vie, ça ne va pas à cette vitesse-là. Là où Feydeau est formidable, c’est qu’il illustre les situations humaines et il sculpte les personnages et les scènes de manière admirable. De temps en temps ça nous arrive de faire un bon mot, mais lui il en fait quinze par page.

 

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Ce Fil à la patte, par quel bout le prend-on au moment de commencer l’aventure ?

AM : La première chose que j’ai dit aux comédiens, c’est de ne pas considérer que ce fût une pièce comique, et de ne pas chercher à faire rire. Le premier travail a été d’essayer de construire les personnages, de construire les situations, de crédibiliser les enjeux des uns et des autres, pour que sur scène nous n’ayons pas une bande de comédiens un peu hystériques, qui cherchent le rire du spectateur. Avant tout, nous devions raconter une histoire. Une fois ce travail fait, naturellement, le comique de Feydeau prend ses marques et le rythme se met en place de lui-même. Ce rythme, il vient bien sûr de Feydeau mais il vient aussi du rythme propre à chaque comédien. Je travaille avec de la matière humaine, donc différente en fonction des gens, et on part vraiment des comédiens pour construire la rythmique.

 

Faire rire, en tant que comédien, est-ce le plus dur ? Quels sont les ingrédients pour y parvenir ?

AM : Il faut beaucoup de sincérité, et ensuite avoir l’intelligence du texte, comprendre ce qui est drôle. Il y a de très bons comédiens dans des registres plus dramatiques ou tragiques qui ne comprennent pas parfois l’humour qu’il y a dans certaines répliques. Il faut au comédien une certaine intelligence comique, c’est capital. Ensuite, il y a le travail et la confrontation avec le spectateur. C’est vraiment par les représentations et les répétitions publiques qu’on construit la comédie et que les comédiens, seuls et ensemble sur scène, peuvent mettre en place la musicalité. D’autre part,  pour le comique, la confiance est très importante. Le comédien, quand il monte sur scène, a un peu peur. Il a besoin de se rassurer lui-même, et quand il a acquis une certaine confiance, elle se diffuse et on commence à avoir non-seulement un rythme interne à chaque personnage, mais un rythme propre à l’équipe, au groupe qui est sur scène, et c’est ça qui fait la différence.

 

 

Cette fidélité au texte original laisse-t-elle la place à l’innovation, en termes de mise en scène notamment ?

AM : Je ne suis pas fidèle à l’encre et au papier, c’est plus un travail d’historien : on essaie de comprendre, comme si on étudiait un fossile, quelle était la raison d’être de chacune des répliques, de chacun des mots que Feydeau a mis là, de comprendre en fait la vie qui animait Feydeau et ses comédiens, parce que les textes que l’on a aujourd’hui sont ceux qui sont passés par la scène. Feydeau écrivait une première mouture, les comédiens jouaient, et étaient édités les textes joués. Les comédiens avaient une certaine liberté, et Feydeau faisait bouger le texte pendant les représentations. Donc on a une matière qui est vivante. Le premier travail c’est de comprendre où est la vie, en cherchant dans la nôtre, évidemment. C’est par résonnance avec la nôtre qu’on trouve la modernité. Quand on sent dans une scène qu’il y a une énergie particulière, que Feydeau nous emmène sur quelque chose qui est cauchemardesque, il avait sûrement sa manière à lui de le montrer en 1897. Aujourd’hui en 2017, on le montre d’une autre manière parce qu’on a 130 ans qui sont passés par là, et que les choses résonnent différemment en nous. C’est d’abord rallumer la vie en nous, qui est liée au texte, et ensuite se dire que nous sommes aujourd’hui. Il ne s’agit pas de faire une reconstitution historique. Ce n’est pas parce qu’on fait un travail presque archéologique que l’on cherche à reproduire un musée vivant, loin de là.

 

Quels sont les enjeux pour continuer d’innover dans la mise en scène d’un spectacle de ce type ?

AM : Ce qui est contemporain, c’est les êtres humains, les comédiens. J’ai demandé à chacun de travailler, d’aborder les scènes et les situations avec ce qu’ils sont aujourd’hui. Pas avec une idée de ce qu’ont pu être les comédiens et les personnages à l’époque où ça a été créé. Donc ça passe par un jeu qui peut être très énergique, dynamique, burlesque. On va beaucoup plus vite je pense que Feydeau. Le rythme est beaucoup plus rapide. Théâtralement, le rythme au fil des siècles s’est accéléré. Ensuite, on a de la musique enregistrée, donc on peut convoquer comme ça des groupes des années 1960, 1970, comme Surfin’Bird, avec The Trashmen, qui est un morceau un peu rock/punk, que Feydeau n’avait pas sous la main lui à la fin du XIXème siècle. 

 

Après le succès aux Molières d’Edmond, de Jérémy Michalik, peut-on espérer que la tradition française du « boulevard » soit désormais reconnue à sa juste valeur ?

AM : Je pense que chaque génération qui a abordé les auteurs de répertoire a cette sensation juste de de dépoussiérer de manière décomplexée les œuvres. Je pense que Jean Vilar ou Antoine Vitez reprenaient du Molière avait cette envie, mais la modernité évolue à chaque époque. Aujourd’hui, il y a cette envie, toujours, d’avoir un théâtre accessible, et populaire. Que ce soit Alexis Michalik ou moi, on travaille dans cette même veine, du théâtre pour tous. Je n’ai jamais plus grand plaisir que de voir dans une salle des gens qui ont été une seule fois dans leur vie au théâtre, et d’autres qui y vont trois fois par semaines, et les voir rire unis autour d’une œuvre.

 

Une chose à dire aux Clichois qui n’oseraient pas, pour qu’ils aient l’audace de sortir de chez eux pour venir voir votre pièce ?

AM : S’ils ne venaient pas, ils manqueraient cette expérience de venir vivre cette expérience avec tous les spectateurs dans la salle, les acteurs au plateau, de rire vraiment, franchement pendant deux heures, et de se recharger en énergie, parce que tout cela crée une énergie qui circule de la scène à la salle et fait que l’on se retrouve ressourcé pour des jours et des jours. La télévision, quand on l’éteint, tout s’éteint avec. Le théâtre, vivre ensemble ces choses-là, c’est comme un concert en live, tout ce qu’on peut voir en chair et en os, ça a beaucoup plus d’impact.

 

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Un fil à la patte, de Georges Feydeau, par la Cie Viva

Samedi 7 octobre - 20h30

Théâtre Rutebeuf - Salle principale


Un classique du genre, du comique de précision

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