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Au temps des dames de Clichy

Histoire - Publiée le 06/08/2018

Gaucher, 1er suzerain de Clichy-la-Garenne ne semble pas avoir résidé sur ses terres. Son domaine passa en dot à sa soeur Alix de Châtillon (ou Adèle) 1ère Dame de Clichy par ordre de Philippe-Auguste. Ainsi, par mariages successifs des seigneurs de Garlande, de Beaumont, de Chaources, de Craon et de Giac, Clichy sera l’apanage des Dames, (la Loi salique n’est pas de rigueur ici !).

Voir l'image en grandJean IV de Beaumont, Maréchal de France en 1315 est dit « le Desramé », fait partie des Jean Seigneur du dit lieu. Son petit-fils Jean V de Beaumont de Clichy et de Courcelles est lui aussi désarmé devant ses filles : Isabelle, Dame de Clichy, se marie avec Louis de Chaources seigneur de Carrières, Marguerite Dame de Courcelles épouse Pierre d’Hargeville et enfin Perronelle s’unit à Robert de Verneuil seigneur de Drocourt, demande son titre qui sera Dame de la Garenne. Et oui, Clichy-la-Garenne et le hameau de Courcelles sont devenus en un tour de main sur papier velin trois seigneuries !
Au début du XVIe siècle, les règnes de Louis XII de 1498 à 1515 et de François 1er de 1515 à 1547, la paroisse de Clichy reprend de l’importance et de nouveaux hameaux sont édifiés. Les seigneurs sont les Alligret, noblesse de robe issue de la magistrature. Ils font construire un château, avec comme marches  surélevées, un escalier en fer-à-cheval avant Fontainebleau.


Ils érigent une nouvelle église sur la précédente qui est consacrée le 1er octobre 1525 par Monseigneur François de Poncher, archevêque de Paris. C’est le père Antoine Embleur qui est en charge de son élévation, il est remplacé l’année suivante par le père Montanel suivis de trois prêtres, Michel et Philippe Bazanier qui sont frères utérins et Thomas Belin, dont la paroisse prend de l’ampleur. (C’est la même aujourd’hui qui vient d’être restaurée à fond sous le regard de Thomas Binot, notre curé).

La première église primitive a pris comme vocable la nativité du Christ sous le nom du « Saint-Sauveur ». On ne sait pas grand-chose de l’époque de son élévation. Puis, Saint-Médard évêque de Tournai et de Noyon au moment de sa mort, lors des invasions barbares. Il est un des Patrons de la France, fils de Nectar, un noble franc de la cour de Childéric Ier et de Protagie, une noble gallo-romaine. Les vantaux du portail de 1525, rappelant le Saint-Sauveur  et Saint-Médard, ont été déposés, au moment de la rénovation de l’église en 1905. Actuellement dans la chapelle Saint-Joseph.

 

Création des filles de la charité 

Jean Alligret II mourut en 1535 sans enfants. Ses soeurs Marie et Anne furent ses héritières et par mariage Hennequin et Marillac, deviennent co-seigneurs de Clichy et titrées « Dame de Clichy ».
L’église est restaurée par des deniers du culte, selon les ordres de Vincent de Paul qui est curé de Clichy (1612-1625). Il a pris comme architecte Soulignac, celui des Guise.
En 1623, c’est chez les Hennequin de la Bazinière que Vincent de Paul rencontra leur cousine Louise de Marillac Veuve de Monsieur Gras. Une jeune vachère venant de Suresnes a demandé à parler à Monsieur Vincent, c’est Marguerite Naseau. Ces trois personnages vont concevoir la congrégation des Filles de la Charité.

Au début du XXe siècle on édifie la nouvelle église de Clichy au nom de Saint- Vincent-de-Paul, accolée à Saint-Médard. Depuis ces églises attirent chaque année une foule importante de pèlerins français et étrangers jusqu’aux Filles de la Charité.
En 1629, quand elle se marie avec Guillaume Bautru, Marie de la Bazinière, Dame de Clichy, possède la seigneurie.
L’une de ses filles, Marie-Madeleine, épouse Edouard-François Colbert, comte de Maulevrier, frère du grand Colbert ministre de Louis XIV. Elle lui apporta en dot la moitié de la seigneurie de Clichy, l’autre moitié, dont le château, étant échue à sa soeur Marguerite Marquise de Vaubrun. À la mort de la marquise, le château revient à son fils l’abbé Guillaume Bautru de Vaubrun.
La Marquise de Vaubrun est écologiste de Clichy puisqu’elle fait planter des arbres tout le long de ses avenues (Voir la fin de la rue de Clichy - Paris 8, sa largueur correspond aux abords de sa Seigneurie). L’abbé le vendit en rente viagère au chevalier Rouillé de Roissy qui le revendit à Laurent Gaspard Grimod de la Reinière, Fermier Général des Postes et des Fermes de Sa Majesté le 2 mai 1740 et son épouse Marie Madeleine Mozare.

 

Des orgies au château de Clichy 


Leur fille, Françoise Thérèse ou Madame Chrétien Guillaume de La Moignon de Malesherbes, a eu un fils né à Clichy, le 4 novembre 1751, prénommé Guillaume de La Moignon.
L’avocat de Louis XVI parle de Clichy comme un verger avec ses cerisiers en fleur… Leur fils,  Alexandre Balthazar Laurent a inondé le public d’une multitude d’écrits de différents genres, littéraire, moeurs, arts dramatique et surtout de l’art culinaire. Il profitait que son père Gaspard Grimod de la Reinière était absent, pour inviter ses amis à des orgies au Château de Clichy. Une autre fois, il s’enferma dans ses appartements pour quémander de l’argent à son père afin d’éponger ses dettes.
La deuxième soeur d’Alexandre, Louise Madeleine épouse Marc Antoine 1er Lévis Lugny, le 1er décembre 1762. Issus de ce mariage arrivent trois enfants : Antoinette Madeleine (1765), Charles Gabriel (1766) et Antoine Louis (1767). Antoinette Madeleine Lévis se marie en 1782 au Sieur Lévis Gaudiès qui était Marquis… La châtelaine est sous le regard des révolutionnaires. Elle est sauvée par la population clichÿenne et est requise à rester cloîtrée dans une des dépendances du château de La Planchette avec comme moyen, un domestique et un cheval de selle. Elle profite de ces circonstances pour divorcer et se remarier à un roturier, Louis Audéoud. Antoinette Madeleine, pour avoir de l’argent, loue son château de Clichy au banquier Récamier. Juliette Récamier y reçoit le monde de l’art et de la politique dans ses Salons de la rue du Landy (rue de l’ancienne Mairie). Le banquier et l’ex-marquise ruinés sont obligés de se défaire de leur château démonté en 1808 par la fameuse bande noire dont le chef est le Sieur Boigues (axe du château rue Médéric).
Pour le château de La Planchette, encore debout, elle le loue au Prince Kourakin, ambassadeur de Russie qui y donna des fêtes et des divertissements, (aujourd’hui il ne reste qu’une aile). La dernière Dame de Clichy s’éteindra en 1835 à l’âge de 70 ans.


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