Page facebook Page twitter Page Youtube

Jean Cocteau et Clichy, une histoire de famille

Histoire - Publiée le 08/10/2018

En partant de la « Brasserie Cocteau » située au bord de Seine dans les années 1950, remontons dans le temps la piste de l’origine des Cocteau, entre notaires, héritages et propriétés.

Voir l'image en grandDans les années 1950, les jeunes Clichois en goguette descendaient le boulevard du Général Leclerc jusqu’à la Seine. Ils tournaient ensuite à droite sur les quais jusqu’à l’entreprise l’Alsacienne, installée à Clichy depuis 1917 et rachetée en 1969 par les Câbles de Lyon.

Une fois arrivés, ils attendaient devant l’usine que leurs parents sortent après leur journée de travail. Non loin de là, au coin du boulevard et des quais, garées le long de la plateforme derrière un hangar, ils assistaient à un ballet de camions et de fourgonnettes venus charger des bouteilles de bière. Sur un calicot tendu sur le hangar on pouvait lire « La Brasserie Cocteau ». Une question s’impose alors. S’agissait-il d’un homonyme ou de la famille de l’homme de lettres ?

Il faudra attendre l’automne 2016 pour en avoir le coeur net et découvrir l’évidence même. À savoir la nature du lien existant entre la famille Cocteau et Clichy, avant de remonter le temps pour en connaître l’histoire. Tout commence avec un ancien notaire célibataire, Maître Alexandre Georges François Honnet, né en 1778 à Villeneuve-sur-Yonne et décédé le 2 mai 1851 à Clichy au 32, rue du Landy. Quelque temps auparavant, il a rédigé son testament, homologué le 15 avril 1845, au profit de sa légataire universelle Clémence Charlotte Cocteau née Thiéry.

 

Propriétaire de plusieurs immeubles

 

Au fil des ans, Maître Honnet est devenu un notaire puissant. Il a racheté les terres des héritiers d’André Joachim Brochant-de-Villiers - dont une rue 17e arrondissement et la station de métro Brochant rendent hommage à son fils André, minéralogiste et géologue de renom (lire Clichy actus n°22). Il a également récupéré les terrains de Maître Elie Deguingand (1787-1867), notaire aux Batignolles-Monceau et propriétaire de plusieurs immeubles. Avec ces dernières acquisitions, ses propriétés  le mènent jusqu’à Paris, rue d’Anjou. Sur le territoire clichois, il possède plus de 6 000 m².

 

Voir l'image en grandVenons-en à notre héritière. Clémence Charlotte Thiéry est née le 8 mars 1808 à Dunkerque. Elle se marie le 28 février 1829 à Fontainebleau avec Athanase Paul François Cocteau, notaire de son état. Il deviendra par la suite maire de Melun entre 1851 et 1852. Le couple a cinq enfants : Clémence Georgina - 1829, Paul François – 1833, Alexandre Paul – 1838, Thérèse Cécile – 1840 qui décède en 1854 et Georges Alfred – 1842, le père de Jean Cocteau.

La famille de Clémence Cocteau-Thiéry fait partie des personnes qui ouvrent des voies sur le territoire de Clichy durant le XIXe siècle. La mairie de Clichy officialise le nom de la rue Reflut, (future rue Victor Méric), le 8 févier 1879, du nom des successeurs : Reflut et Thiéry. Mais la famille Thiéry refuse que l’on utilise son nom. Il y a aussi le Passage Reflut donnant sur la rue Villeneuve, du nom de la ferme Reflut, deuxième branche de cette famille. Clémence Cocteau-Thiéry décède à Fontainebleau le 29 janvier 1891. Elle est donc la mère de Clémence Georgina épouse Regnier qui décède en 1884 et grand-mère de Jeanne Lucy Clémence Regnier épouse Durand-Veil, de Marcel Eugène Clément et Clémence Germaine Adèle, frère et soeur, et enfants d’Alexandre Cocteau, Jean Clément Eugène Maurice fils de Georges Cocteau, entre autres petits enfants. Ils ont la particularité d’avoir comme prénom Clémence ou Clément, accentuant ainsi l’héritage de leur grand-mère.

 

Penchant pour l'opium 

En 1923, tous les héritiers de Clémence Cocteau sont invités à vendre un terrain de 723m² à Clichy. Celui-ci correspond aux rues Traversière, des Bateliers et Bardin - cadastre Section A N° 672 P. Parmi eux se trouve un certain Jean Clément Eugène Maurice, plus connu comme poète, graphiste, dessinateur, dramaturge, cinéaste sous le nom de Jean Cocteau (1889-1963). Cocteau habite avec sa mère, Marie Junia Émilie Eugénie Lecomte, au 10 rue d’Anjou dans un très bel immeuble en pierre de taille de 4 étages situé dans le 8e arrondissement de Paris. Marie est la veuve de Georges Alfred Cocteau (1842-1898) avocat et peintre amateur.

Voir l'image en grand1923, c’est aussi l’année de la mort, à 20 ans, de Raymond Radiguet l’auteur du Diable au corps un proche de Jean Cocteau (1889-1963), emporté par une fièvre typhoïde mal diagnostiquée. Mais Cocteau n’aime pas assister aux enterrements, de qui que ce soit, même celui de Radiguet. L’auteur quitte alors aussitôt Paris avec Diaghilev pour une représentation des Noces par les Ballets russes à Monte-Carlo. Beaucoup plus tard, Cocteau lui-même qualifiera son attitude de « réaction de stupeur et de dégoût ».

 

 

Son penchant pour l’opium, à cette époque-là, Cocteau l’explique comme un simple hasard lié à sa liaison avec Louis Laloy, le directeur de l’Opéra de Monte-Carlo. La dépendance de Cocteau envers l’opium et ses efforts pour s’en sevrer auront une influence décisive sur son modèle littéraire.

C’était en 1923 ! Élu à l’Académie française en 1955, Jean Cocteau a côtoyé la plupart de ceux qui ont animé la vie artistique de son époque, insistant toujours sur le fait qu’il était avant tout un poète et que tout travail est poétique.


Partager cet article :