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Cultiver son jardin, une tradition renouvelée à Clichy

Actualité - Publiée le 29/10/2018

Nous fêterons bientôt le 100e anniversaire de l’Armistice de la Première Guerre mondiale. 1916-1918, c’est aussi, la période à laquelle ont été créés les premiers jardins ouvriers à Clichy-la-Garenne. Un siècle avant les jardins de l’Europe, du quartier Berges de Seine.

Voir l'image en grandAu début du XIXe siècle, chaque nouveau Clichois s’installait en ville en apportant son savoir- faire. Si le premier métier était de laver le linge des bourgeois de Paris, le deuxième était tailleur de cristal. En particulier avec l’installation de l’entreprise de Monsieur Maës, la Cristallerie de Clichy, dont on peut encore admirer une partie du travail au Pavillon Vendôme. Un bon nombre d’entre eux venaient de l’Est de la France, d’Alsace et de Lorraine.

 

C’est ainsi que de nouvelles constructions qui rappellent l’habitat de ces régions, des immeubles à coursives avec au centre un tapis vert. Ce grand parterre de verdure servait à étendre le linge, à faire pousser des plantes aromatiques, comme le cerfeuil, la ciboulette et le persil. Les rosiers aussi s’y épanouissaient permettant aux uns et aux autres de confectionner quelques bouquets. On les retrouve rue de l’Ancienne Mairie, boulevard Jean-Jaurès, rues Martre et de Paris, et autres lieux cachés. Ils sont actuellement restaurés ou bien ils ont retrouvé leur place initiale.

 

Suite à l’Exposition universelle de 1855 à Paris, dont les décors d’ornement floral ont été réalisés par les jardiniers et horticulteurs de la Seine, une mutuelle s’est formée à Paris présidée par Monsieur Laizier, de Clichy-la-Garenne, portant le n° 380, dont le décret a été signé par Napoléon III - alors en villégiature à Biarritz - le 8 septembre 1856. Monsieur Laizier, jardinier de profession, par sa vivacité déployée pour l’organisation de cette société mutuelliste, mérite bien de recevoir une médaille d’or décernée par ses sociétaires. Il est fait Chevalier de la Légion d’honneur en 1864. Une demande formulée par le Maire de Clichy, Louis Joseph Maës et les sociétaires, soulignant son dévouement avec un zèle infatigable. On dénombre alors 293 membres honoraires et 349 membres participants.

 

À Clichy, on trouve des jardiniers comme bien sûr Laizier, mais aussi Cléris, Dulac, Légerot et Auboin – comme la rue ! L’horticulteur Serveau, les maraîchers Chandon, Becquerelle, Poussuet, Ponce et Chaudron qui se fait remarquer avec sa production de « Laitue ». Il faut dire que ses salades partent par bateau en cale mouillée jusqu’en Russie.

 

Une médaille du mérite agricole

Les Sieurs Ponce cultivent à Clichy asperges, plantes potagères, chouxfleurs et tomates sur couche dont voici les trois périodes, aussi appelées saisons. La première se fait à chaud sous châssis avec 3 600 pieds de tomates sur 24 couches…

 

La deuxième saison se cultive à moitié froid sous cloches et sur vielles couches, formant un carré de 12 couches pour 1 800 pieds de tomates. Enfin la troisième, à froid sur terre côte-côte qui comprend 4 000 touffes de tomates. De cette façon, le maraîcher Ponce fournit pour le marché parisien 47 tonnes de tomates par an. Isidore Zéraphirin Ponce (1832-1897) se fait remarquer par ses écrits, en particulier avec un manuel d’horticulture qui explique son fameux système d’arrosage : un principe similaire à celui des réserves d’eau pour les chemins de fer en Amérique. Voici le système qu’il propose afin d’obtenir tous les avantages de l’arrosage à la lance, avec un matériel peu coûteux.

 

Voir l'image en grandIl faut élever l’eau dans un réservoir de tôle boulonnée, pour une capacité de 22 m², plantés sur une plate-forme à 5m60 du sol. Une conduite vient se déverser à la partie supérieure du réservoir à la force d’un cheval. Deux gros tuyaux de plomb descendent ensuite jusqu’à la conduite de grès enterré. Il faut à la suite une canalisation de 550 m avec 70 prises d’eau, deux tubes en caoutchouc de 14 m et deux lances. Monsieur Ponce finit par recevoir la médaille du Mérite Agricole pour ce système d’arrosage innovant pour l’époque. Au début du XIXe siècle, le métier de maraîcher n’est pas sans danger. En raison des méthodes d’arrosage qui obligent les ouvriers à rester toute la journée pieds nus dans la terre détrempée, les pleurésies et autres fluxions de poitrine sont légion. Sans oublier d’autres accidents moins douloureux, mais encore fréquents comme des tonneaux placés à fleur de terre dans l’entrecroisement des sentiers.

 

Cela entraîne quelques décès d’enfants et de vieillards par noyade. Lorsque la France entre dans la guerre en 1914, la question de trouver de nouvelles idées pour les cultures potagères finit par se poser. Charles Dumur (dont le nom a été donné à une impasse dans le quartier Victor Hugo !), l’abbé Jules Lemire (1853-1928) et Monsieur Desormeaux créent, le 6 juillet 1916, des jardins ouvriers le long de la Seine à Clichy. C’est en vertu de la loi sur les terrains abandonnés et des terres incultes réquisitionnées, qu’il est proposé d’en faire bénéficier gratuitement les femmes des poilus et les familles nombreuses, sous la forme d’un comité d’action agricole. On pousse jusqu’à construire des immeubles pour les veuves de guerre comme au 144 rue Martre. Tout commence le lundi 22 janvier 1917 : « Il paraît que nous allons avoir dans les restaurants deux plats et qu’on va planter des légumes sur les fortifications », annonce un Clichois à sa voisine.

 

Voir l'image en grandLe 25 janvier, le Comité d’action agricole distribue 130 terrains au bout du boulevard de Lorraine. Le tirage a lieu dans la salle de Justice de paix à l’Hôtel de Ville. Chaque bénéficiaire reçoit une brochure sur la culture potagère, puis le Comité et les nouveaux concessionnaires se rendent ensuite sur place. Une fois les lots attribués, le président dispense à tous ses conseils de culture avant qu’ils se mettent au travail dans les meilleures conditions. Le 12 mars, le Comité achète chez Allez-Frère des outils appropriés à la taille et à la force des jeunes travailleurs scolaires. Le 19 mars, les élèves des cours complémentaires des jardins dits « scolaires » s’installent. Le 25 mars, des centaines de travailleurs s’échinent à rendre le sol cultivable… Mais en dépit de toute cette bonne volonté, les jardins sont menacés par des gamins et des rôdeurs qui n’hésitent à venir piller les récentes plantations. Un jour, ce sera même une bande de boeufs venant du marché de la Villette qui saccagera une partie des nouveaux jardins ouvriers. Le 1er avril, et ce n’est pas une farce de la mairie, on ouvre dans le parc Denain (aujourd’hui devenu Salengro), une soixantaine de lopins de terre à cultiver, du côté de la rue du Landy et du boulevard de Lorraine. On y sème des pommes de terre, fournies par la Maison d’Orléans de la rue du Landy. Les terrains des « fortifs » sont en accès ouvert. Les allées Léon Gambetta, où apparaissent déjà des feuilles de radis, sont aussi réquisitionnées pour l’occasion.

 

Premières locations de terrains cultivables

Après la Guerre de 1914-1918, cette organisation ne subsiste pas. Elle est remplacée par la Société des jardins ouvriers. En 1925, elle compte 500 adhérents et ne peut plus s’accroître faute de terrains disponibles. Elle offre la possibilité aux sociétaires, moyennant un loyer annuel de 12 francs, de cultiver un terrain de 200 m² dont elle assure le gardiennage. L’eau y est proposée gratuitement, grâce à quatre kilomètres de canalisations desservies par une vingtaine de bouches d’eau réalisées dans les jardins. Aujourd’hui, si les prairies urbaines sont à la mode, assurant la biodiversité citadine, la part des produits bio ne cesse de s’étendre dans les rayons des grandes surfaces et sur les étals des marchés. Des Clichois viennent maintenant chaque mercredi soir chercher leurs commandes passées sur internet de fruits et légumes du terroir près du kiosque de la place des Martyrs. Et maintenant, la Municipalité a choisi de renouer avec ces potagers urbains d’antan en transformant une partie de l’Allée de l’Europe en jardins familiaux pour les Clichois aux mains vertes. Adieu bleuets, marguerites et coquelicots qui font le bonheur des butineuses. Un nouveau genre de Clichois, revisité ou customisé, déambule désormais avec sur son épaule, binette, grattoir, ratissoire, serfouette pour aller faire pousser son jardin du côté des berges de Seine, au milieu des cabanons multicolores. Bonnes cultures les amis, le Club Horticole de Clichy. 


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