Yann Lefevre, l’homme aux mille poèmes

Yann Lefevre, l’homme aux mille poèmes

Vie citoyenne - Publié le 1 avril 2021
Yann Lefevre, aide-soignant, écrit « tout le temps, sur tout ». Rencontre.

« Tout peut m’inspirer, explique t-il. J’écris surtout pour entrer en relation avec les autres. Ce que j’aime c’est partager mes textes. »

Auteur d’un recueil de poèmes ainsi que d’une chanson ayant permis de récolter près de 8 500 € pour une Argenteuillaise dans le besoin, Yann Lefevre écrit sur ce qui l’émeut et notamment sur le Covid.

« Aujourd’hui, je souhaiterais rencontrer des musiciens afin que mes textes soient mis en chansons, ou écrire pour eux, pourquoi pas ? ».

Extraits de Covid-19

Poème 1

Replié dans mon logement, je regarde par la fenêtre, le ciel ne m’envoie aucun signe, aucun message. Il ne m’offre en ce moment qu’un ciel bleu sans nuage. Ma rue est déserte elle semble respirer un nouvel air. Elle se réapproprie son espace, elle devient vaste et sans commune mesure. Elle semble revendiquer son existence au milieu de cet impérieux silence. Elle se suffit à elle même. Elle n’appartient à personne. Elle semble me dire que je ne suis que de passage et que pour elle je suis déjà passé. Quant à elle, enracinée dans son asphalte, ses bordures de béton filent le long du trottoir. Confiné comme je le suis, je la vois libre et entière. Derrière ma myopie singulière du quotidien je ne voyais plus rien. Aujourd’hui monte de ma rue une rumeur silencieuse et nécessaire qui doit me faire me remettre en question. Tous mes petits soucis d’hier qui prenaient une part entière se sont volatilisés comme par magie. Un petit virus a tendu sa toile sur le pays et menace nos vies. On ne peut plus descendre dans la rue qu’à condition d’y être autorisé et pour une courte durée. La liberté et la vie sont précieuses et ne tiennent qu’à un fil. Comme un funambule, avançons d’un pas mesuré pour garder notre équilibre. Je profite de mon heure autorisée pour me réapproprier ma rue. Elle me fait goûter ce plaisir si enivrant dont j’étais avant si indifférent.

Yann Lefevre (c)
Tous droits réservés

Poème 2

Ô Covid-19 toi qui est avide de chair et d’os, Tu t’invites dans nos corps en nous faisant tellement de tort.

Ô Covid-19 alors quoi de neuf,

Je viens de me réveiller,

M’as tu épargné ?

Tu es un assassin pour certains,

Un fauteur de trouble pour d’autres.

Tu es du domaine de l’infiniment petit,

Depuis tu as tellement grandi,

Tout le monde ne parle que de toi.

Mais jamais on ne te voit,

Tu nous as déclaré la guerre,

Une guerre pulmonaire,

Tu voudrais nous voir manquer d’air,

On a déployé une armée de scientifiques

Qui n’ont pas de baguettes magiques.

Mais ils te traquent sans relâche,

Il faut que tu le saches.

Tu nous as pris de vitesse et par surprise, Maintenant il faut que l’on s’organise, Tu as des nations entières à tes pieds, Que tu voudrais voir plier.

Toi, l’invisible, l’impossible,

On ne te croyait pas crédible,

Mais rapidement tu t’es installé,

Tu as fais tout le monde reculer,

Tu nous prends en otage,

Mais quel est ton message.

Est-ce que c’est la nature qui t’envoie ?

Qui veut reprendre ses droits ?

Qui nous envoie un ultimatum

En nous disant que nous ne sommes que des hommes.

La nature qui se voit malmenée, saccagée, Peut être par ton entremise, Nous dit elle d’arrêter, Le message est clair, sans appel Il faut que cela interpelle, Nous faire réfléchir, Penser à l’avenir, Si on veut que la vie soit toujours aussi belle, Allons à l’essentiel, Ceux qui n’ont pas compris, Ne savent pas que la vie n’a pas de prix.

Yann Lefevre (c)
Tous droits réservés

Poème 3

Décidément la vie ne tient à pas grand chose.

Quand tout va bien, c’est autre chose.

Quand les temps sont troublés,

Qu’un petit virus vient nous chatouiller, Plus personne ne rigole, c’est la vie qui s’affole.

On se retrouve sans défense,

On ne sait plus ce que chacun pense.

Chacun est perdu quelque part,

Pas encore au fond du désespoir.

La vie peut changer malgré tout,

Cela dépend de chacun de nous.

Les personnels soignants que l’on n’a pas écouté, qui ont été oubliés ces dernières années, (manque d’effectifs, manque de moyens) Se retrouvent en première ligne, Se montrant très digne, malgré les grosses difficultés du moment, les risques encourus.

Ils essaient de rassurer, ils soignent, ils témoignent.

Ils se donnent à deux cent pour cent.

On nous dit que nous sommes en guerre mais a-t-on les moyens de la faire.

Les différents gouvernements successifs ont taillé dans le vif, réduisant drastiquement les effectifs.

On a chiffré la santé au détriment des soins.

Hier encore tout le monde regardait cela de loin.

Aujourd’hui il y a urgence, les projecteurs sont braqués sur la profession et c’est un virus qui vient faire la leçon, Qui vient demander des comptes.

On dit que la santé n’a pas de prix.

Cette phrase a tellement de sens en ce moment.

Il faut vraiment voir les choses autrement.

Tout le monde aura à y gagner.

Aujourd’hui les soignants sont les soldats d’une guerre sans nom, sans raison.

Contre qui, contre quoi, l’ennemi est nulle part et partout à la fois.

Yann Lefevre (c)
Tous droits réservés.