Marie-Caroline Koralewski est directrice de l'agence de mannequins New Wave Management. À l'occasion du 8 mars, elle a accepté de répondre aux questions des jeunes concernant son métier mais aussi son parcours.
Quelles études avez-vous suivies pour exercer le métier que vous faites aujourd’hui ?
Marie‑Caroline Koralewski : J’ai fait une classe préparatoire puis des études de commerce. Ces études m’ont permis d’étudier dans plusieurs villes du monde, notamment à Milan, en Écosse, à New York et à Shanghai. Mais ce sont surtout mes stages qui m’ont permis d’entrer réellement dans le monde du luxe et de la mode. J’ai notamment travaillé chez Chanel puis chez Paco Rabanne, où j’étais chef de produit sur les accessoires comme les sacs.
Lorsque vous étiez enfant, quel était votre rêve ?
M.-C. K. : Quand j’étais enfant, je voulais être vétérinaire parce que j’adore les animaux. Mais je n’étais pas très forte en mathématiques et à l’époque il fallait suivre une filière scientifique très exigeante pour faire ce métier. J’ai donc dû abandonner cette idée et réfléchir à une autre voie.
Comment êtes-vous passée du monde du luxe au métier d’agente de mannequins ?
M.-C. K. : En travaillant dans la mode, je me suis rendu compte que ce qui m’intéressait le plus n’était pas seulement la création des produits, mais les mannequins et leur parcours. J’ai donc décidé de quitter mon travail pour devenir agente de mannequins, même si je ne connaissais personne dans ce milieu.
Quelles difficultés avez-vous rencontrées dans votre parcours ?
M.-C. K. : La première difficulté a été que je n’avais aucun contact dans ce secteur. Je viens d’un petit village du sud de la France et je ne connaissais personne dans le monde de la mode. J’ai envoyé beaucoup de CV et de lettres de motivation et j’ai reçu de nombreux refus avant d’obtenir une première opportunité de stage dans une agence.
Comment avez-vous réussi à entrer dans ce milieu ?
M.-C. K. : J’ai persévéré. J’ai envoyé beaucoup de candidatures jusqu’à ce qu’une agence accepte de me prendre en stage. Cela m’a permis d’apprendre le métier et de comprendre comment fonctionnait le monde du mannequinat.
Les débuts ont-ils été difficiles financièrement ?
M.-C. K. : Oui, les premières années ont été très difficiles. Au début, je ne gagnais presque rien. Par exemple, ma première commission devait être d’environ 800 euros sur plusieurs mois. Pour pouvoir continuer à développer mon agence, j’ai dû faire d’autres petits emplois à côté, comme hôtesse dans des restaurants, afin d’avoir un revenu tout en gardant du temps pour développer mon activité.
Comment votre agence s’est-elle développée avec le temps ?
M.-C. K. : Au départ, je n’avais qu’un seul mannequin dans mon agence. Petit à petit, j’en ai représenté deux, puis trois, puis davantage. Aujourd’hui nous travaillons avec environ une centaine de mannequins et l’agence compte plusieurs collaborateurs.
Pouvez-vous nous parler de la première mannequin que vous avez accompagnée ?
M.-C. K. : La première mannequin que j’ai repérée venait du même village que moi. Elle ne correspondait pas forcément aux standards classiques de la mode : elle était un peu plus petite et ne rentrait pas totalement dans les critères habituels. Mais elle était très belle et nous avons décidé de croire en son potentiel. Nous avons travaillé ensemble et elle a finalement connu beaucoup de succès. Cette expérience m’a permis d’imposer un style plus diversifié dans mon agence.
Essayez-vous justement de diversifier les profils de mannequins ?
M.-C. K. : Oui, c’est très important pour moi. J’essaie de représenter des profils différents, pas seulement des mannequins correspondant aux standards traditionnels. Je cherche des personnalités, des jeunes femmes intéressantes et authentiques.
En quoi le fait d’être une femme a-t-il influencé votre parcours ?
M.-C. K. : Quand j’ai commencé ce métier, j’avais 24 ans et je m’occupais de jeunes mannequins de 16 ou 17 ans. Elles arrivaient dans un monde d’adultes et j’ai ressenti le besoin de les accompagner et de les protéger.
Avez-vous observé des différences entre les femmes et les hommes dans la mode ?
M.-C. K. : Pendant longtemps, les postes de directeurs artistiques ont été majoritairement occupés par des hommes. Ce sont eux qui dessinent les collections et influencent l’image des femmes. On s’est rendu compte que les mannequins ne représentaient pas toujours la diversité des femmes, car on demandait souvent des silhouettes très grandes et très minces.
Pensez-vous que les femmes ont aujourd’hui les mêmes chances que les hommes ?
M.-C. K. : Dans mon secteur, les choses évoluent et les femmes ont aujourd’hui davantage d’opportunités. Mais dans certains métiers, l’égalité n’est pas encore totalement atteinte.
Qu’est-ce qui pourrait encore être amélioré pour l’égalité entre les femmes et les hommes ?
M.-C. K. : Un enjeu important concerne la conciliation entre carrière et maternité. Dans certains métiers très exigeants, des femmes ont parfois renoncé à avoir des enfants pour poursuivre leur carrière.
Votre métier vous amène-t-il à voyager ?
M.-C. K. :Oui, je voyage régulièrement pour accompagner les mannequins ou rencontrer des agences et des marques. Je me rends notamment aux Fashion Weeks à Paris, Milan, Londres ou New York.
Vous habitez à Clichy. En quoi cet environnement a-t-il pu jouer un rôle dans votre parcours entrepreneurial ?
M.-C. K. : Clichy est une ville particulièrement favorable aux entrepreneurs. Depuis que j’y habite et que j’y travaille, j’ai pu me consacrer pleinement au développement de mon entreprise. C’est aussi un emplacement stratégique, car la ville accueille de grandes entreprises comme L’Oréal ou Etam et bénéficie d’un environnement très dynamique. La ville attire de nombreux professionnels et acteurs du milieu de la mode, ce qui facilite les rencontres et le développement de mon réseau.
Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux jeunes filles ?
M.-C. K. : Je dirais qu’il faut toujours rêver et croire en ses projets. Rien ne me prédestinait à faire ce métier. Avec de la persévérance et du travail, on peut construire son propre parcours.
Zacharie Raccon est étudiante en science politique, en stage au cabinet du ministre de la Ville et du Logement. Elle nous raconte son parcours et ses difficultés en tant que femme.
Pouvez-vous nous parler de votre parcours ?
Zacharie Raccon : J’ai fait presque toute ma scolarité à Clichy : au collège Jean-Macé puis au lycée René‑Auffray. Au lycée, j’ai choisi les spécialités SES et HGGSP (histoire‑géographie, géopolitique et sciences politiques). C’est en troisième, lors d’une visite de Sciences Po avec mon professeur d’histoire‑géographie, que j’ai découvert les sciences politiques et que j’ai décidé de m’orienter vers cette voie. Après le lycée, j’ai intégré une licence de sciences politiques à l’université de Nanterre pendant trois ans. J’ai ensuite poursuivi avec un master de politiques publiques. Les politiques publiques concernent l’élaboration des lois et des grandes décisions publiques dans des domaines comme l’éducation, le logement ou la santé. Aujourd’hui, je termine mon master et je réalise un stage de six mois au sein du cabinet du ministre de la Ville et du Logement.
Z.R : En quoi consiste votre stage dans un cabinet ministériel ?
Zacharie Raccon : Je travaille dans l’entourage proche du ministre. Concrètement, je participe au traitement du courrier et des sollicitations adressées au ministre, notamment celles envoyées par des députés ou d’autres institutions. Je peux aussi accompagner le ministre lors de déplacements officiels. Par exemple, nous étions récemment au Salon de l’agriculture. Nous participons également à l’élaboration de projets de loi. Dans mon cas, je travaille notamment sur un projet concernant les territoires d’outre‑mer, puisque je suis originaire de Guadeloupe.
Pourquoi avoir choisi cette formation ?
Z.R : Lorsque j’étais en licence de sciences politiques à Nanterre, j’ai suivi un cours d’action publique qui présentait le fonctionnement des politiques publiques et l’élaboration des lois. J’ai également étudié le droit constitutionnel, qui permet de comprendre l’organisation des institutions et la hiérarchie des lois. Ces cours m’ont donné envie de me spécialiser dans ce domaine. J’avais aussi été acceptée dans un parcours de journalisme, mais on m’a conseillé de choisir une formation plus large avant de me spécialiser. C’est pour cela que j’ai choisi le master en politiques publiques.
Était‑ce votre rêve d’enfant ?
Z.R : Oui. Dès la troisième, après la visite de Sciences Po, je me suis dit que je voulais travailler dans ce domaine. Je voulais comprendre comment se prennent les décisions politiques et comment on peut agir sur la société.
Quel métier aimeriez‑vous exercer plus tard ?
Z.R : Je pense qu’un jour je serai peut‑être députée, ou même ministre si j’en ai l’occasion. Mais avant cela, je souhaiterais travailler comme collaboratrice parlementaire auprès d’un député ou comme conseillère ministérielle. Je m’intéresse aussi aux cabinets de conseil en politique publique. J’aimerais découvrir plusieurs métiers et ne pas me limiter à un seul parcours.
Quelles difficultés avez‑vous rencontrées pendant vos études ?
Z.R : Le passage du lycée à l’université a été assez difficile. Au lycée, j’avais d’excellentes notes, et à l’université les méthodes de travail sont très différentes. Il faut apprendre à être plus autonome et accepter que les notes soient parfois plus basses. Il faut trouver sa propre méthode de travail. La vie étudiante peut aussi être compliquée, notamment à cause de la précarité étudiante : certains étudiants n’ont pas toujours les moyens financiers ou vivent loin de leur famille.
Avez‑vous rencontré des difficultés pour trouver des stages ?
Z.R : Oui. Dans les milieux politiques, le réseau joue souvent un rôle important. Quand on ne connaît personne dans ce milieu, il peut être difficile d’obtenir un stage. Certaines personnes trouvent un stage en un ou deux mois. Pour moi, cela a parfois pris six ou sept mois. Mais avec de la persévérance, on finit par y arriver.
Avez‑vous déjà douté de vos capacités ?
Z.R : Oui, au début. On parle souvent du « syndrome de l’imposteur ». On peut avoir l’impression de ne pas être à sa place.Mais avec le temps, on comprend que si l’on est accepté dans une formation ou dans une institution, c’est que l’on en a les capacités.
Le fait d’être une femme influence‑t‑il un parcours en politique ?
Z.R :Oui, parce qu’il existe encore des injonctions sociales envers les femmes, comme l’idée qu’il faudrait se marier ou avoir des enfants à un certain âge.
Or les métiers politiques demandent beaucoup de disponibilité : on travaille tard, on est souvent en déplacement et on doit rester joignable en permanence. Certaines femmes expliquent qu’elles ont eu des enfants plus tard à cause de leur carrière politique.
Avez‑vous déjà été confrontée à des comportements sexistes ?
Z.R : Oui. Par exemple, lorsque j’étais à l’Assemblée nationale, il m’est arrivé d’être la seule femme dans une pièce et que certaines personnes disent bonjour à tous les hommes sans me saluer. Heureusement, les personnes avec qui je travaillais ont réagi et ont rappelé que j’étais une collaboratrice comme les autres.
Avez‑vous observé des différences entre les femmes et les hommes en politique ?
Z.R : Oui. Dans les débats politiques, une femme qui s’énerve peut être qualifiée d’« hystérique », alors que le même comportement chez un homme sera interprété comme un signe d’autorité. Cela montre que la perception des femmes et des hommes n’est pas toujours la même.
Pensez‑vous que les femmes sont suffisamment représentées dans les postes de responsabilité ?
Z.R : Il y a eu des progrès, mais les femmes restent moins nombreuses dans certains ministères importants, qu’on appelle les ministères régaliens, comme l’Intérieur ou la Défense. Les femmes sont parfois davantage présentes dans des ministères liés à la famille, à la jeunesse ou aux questions sociales.
Les femmes ont‑elles aujourd’hui les mêmes chances que les hommes ?
Z.R : L’égalité n’est pas encore parfaite. Le chemin peut être plus difficile pour les femmes. Mais cela ne veut pas dire que c’est impossible. Le plus important est de ne pas s’auto‑censurer et de continuer à prendre sa place.
Quelles femmes vous ont inspirée ?
Z.R : Plusieurs femmes m’ont inspirée. Par exemple Christiane Taubira, ancienne garde des Sceaux, qui a porté la loi reconnaissant l’esclavage comme crime contre l’humanité. Michelle Obama m’inspire également beaucoup. Ses livres m’ont marqué et son parcours est très inspirant.Je peux aussi citer Crazy Sally, une influenceuse et journaliste qui s’intéresse à la politique et qui a réussi à se faire une place dans ce domaine.
Quel message souhaitez‑vous transmettre aux jeunes filles ?
Z.R : Tout est possible. Même si certaines choses peuvent être plus difficiles, il ne faut pas s’auto‑censurer ni abandonner ses ambitions. Si vous avez un projet ou un rêve, il faut essayer. Avec du travail et de la persévérance, on peut y arriver.