Plus de 9 Français sur 10 considèrent qu’il est difficile pour une femme confrontée à la précarité, à une maladie grave ou victime de violences conjugales ou familiales de prendre soin d’elle-même. Dans le même temps, en France, une femme sur deux déclare ressentir de la culpabilité à l’idée de prendre du temps rien que pour elle. Pourtant, 95 % des Français considèrent qu’il est légitime, voire essentiel, de pouvoir prendre soin de soi, en particulier pour les femmes en situation de grande vulnérabilité. Un paradoxe que la Fondation L’Oréal tente de réduire depuis 2019 avec son salon de soins itinérant, porté par le programme Beauty for a Better Life.
Lancé en 2007, ce programme vise à accompagner les femmes en situation de vulnérabilité en faisant de la beauté un levier de reconstruction, de confiance et de réinsertion. Il repose sur trois axes : des partenariats avec des structures de santé et du secteur social, des espaces solidaires (notamment avec Emmaüs Solidarité depuis 2021) et des salons itinérants. Objectif : proposer gratuitement des soins de bien-être, mais aussi des formations aux métiers de la beauté. “Soutenir les femmes dans la recherche et apporter des soins à celles qui en ont le plus besoin sont les deux visages d’un même combat contre les inégalités de destin " souligne Jean-Paul Agon.
Après deux jours à Clichy, les deux salons itinérants – installés rue Villeneuve et rue Martre – sillonneront le territoire avec près de 140 étapes. L’objectif : rencontrer 5 000 femmes d’ici à fin 2026.
Depuis sa création, près de 200 000 femmes ont déjà bénéficié de ces dispositifs. Les salons s’installent aussi bien dans les quartiers prioritaires que dans les zones rurales, au plus près des publics accompagnés par des associations locales. « L’objectif est d’être dans l’hyper proximité », résume Hayatte Maazouza, directrice du programme.

À la croisée du soin et de l’insertion, la socio esthétique s’intègre aujourd’hui dans certains parcours médicaux et sociaux. Les professionnelles qui l’exercent suivent une formation spécialisée pour accompagner des publics fragiles.
« En institut, je constatais des inégalités d’accès aux soins, alors que ces personnes avaient justement besoin d’écoute », raconte Shannon Kidimbu Kianza, socio esthéticienne depuis six ans. Aujourd’hui, elle exerce à domicile tout en intervenant au sein de structures médicales, sociales et médico-sociales, notamment à l’Hôpital Américain de Paris, en collaboration avec les équipes professionnelles.
La présentation s’est appuyée sur une étude Ipsos BVA sur la perception du soin. « Un moment de bien être peut infléchir un parcours de vie », souligne Pauline Avenel Lam, directrice exécutive de la Fondation.
La Fondation entend désormais changer d’échelle : doubler le nombre de bus et étendre le dispositif en Europe et en Asie. Le programme est déjà présent dans 23 pays, où il propose formations et accompagnement vers l’emploi.
L’événement a également donné lieu à une table ronde réunissant professionnels de santé et acteurs associatifs. La professeure Catherine Uzan a souligné les effets de la socio esthétique dans les parcours de soin en cancérologie. De son côté, Anne Géneau, présidente des Petits Frères des Pauvres, a rappelé : « offrir le superflu, c’est aussi redonner du sens à la vie ». Moment fort, le témoignage de Makassé Nimaga, bénéficiaire du programme : « Les soins m’ont fait du bien. Aujourd’hui, je veux permettre à d’autres femmes de s’accorder ce temps. »
À travers le parcours de Makassé Nimaga, le programme Beauty for a Better Life rappelle que le soin de soi dépasse largement l’apparence. Il s’inscrit dans une démarche globale de reconstruction et de renforcement de l’estime de soi. Comme le souligne Hayatte Maazouza, directrice du programme : “Les soins socio-esthétiques ne sont pas une coquetterie. Ils constituent un véritable outil thérapeutique qui peut participer à changer et à guérir”. Une vision qui entre en résonance avec les mots de poétesse et militante féministe afro-américaine Audre Lorde : "Prendre soin de moi n’est pas de l’auto-indulgence, c’est de l’auto-préservation, c’est un acte de guerre politique”.