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Construit à partir de 1875, l’Hôtel de Ville de Clichy est le témoin architectural de l’histoire de la commune et de ses habitants. Héritier de plusieurs siècles d’administration locale, depuis les assemblées paroissiales de l’Ancien Régime jusqu’à la mairie républicaine que nous connaissons aujourd’hui, il incarne l’évolution de Clichy et de son identité.
Les ancêtres des mairies, sous l'Ancien Régime, étaient les églises de France, et leurs territoires étaient les paroisses. Les « conseillers municipaux » de l'époque étaient appelés marguilliers : leur nom vient du latin médiéval matricularius, celui « qui tient un registre ou un rôle (matricula) ». Élus au sein des paroissiens, ils formaient le conseil de fabrique chargé de l'administration de la paroisse :
Tenir à jour les registres paroissiaux (baptêmes, mariages, inhumations)
Établir la liste des pauvres à secourir (services sociaux…)
Gérer les biens publics communaux
Gérer les biens publics communaux
À Clichy, les réunions administratives se tenaient à l’église Saint Médard-Saint Sauveur. Les marguilliers étaient assis sur les bancs. Georges Soret, premier Maire de Clichy, élu le 3 février 1790, présida les séances municipales dans cette église.
A la Révolution Française, suite à la confiscation des biens du clergé par décret de l'Assemblée constituante le 2 novembre 1789 et après que l'État a donné l'autorisation d'utiliser des bâtiments religieux pour les municipalités, le presbytère est devenu la « Maison commune », jusqu'en 1835. Neuf maires vont s'y succéder.
En 1835, la Ville acquiert un ensemble de bâtiments au 3 rue du Landy. Cet ensemble réhabilité en maison commune est formé de deux corps de bâtiment avec une cour fermée et des dépendances.
Dans le bâtiment de gauche : les bureaux administratifs, le « violon », expression d'argot désignant la prison, un local pour garer les appareils de secours publics et l'appartement du secrétaire et le logement des instituteurs
Dans le bâtiment de droite, la salle des gardes nationaux
Dans les dépendances : un asile pour les petits enfants pour que les parents puissent aller aux champs et une école pour filles et garçons. Le groupe scolaire était appelé « L'école Lambert » du nom du père abbé directeur.
Sept maires vont présider en ces lieux les conseils municipaux. Notables de la commune, ils exerçaient les métiers de blanchisseur, inspecteur de prison, banquier, avoué, propriétaire, manufacturier et docteur en médecine.
La partie de la rue du Landy où était la mairie, entre la rue de Paris et le futur boulevard Jean Jaurès, portera le nom de Rue de l'ancienne mairie.
Dès 1871, une commission municipale projette les plans pour l’édification de la nouvelle mairie. Elle sera élevée sur la place de la Commune créée en 1845. Les travaux débuteront le 20 septembre 1875. Elle sera terminée à la fin de l’année 1877 et inaugurée en février 1878 par Ferdinand Duval, préfet de la Seine et Emile Villeneuve, maire.
Le style « hôtel particulier » en détail
La mairie est l'œuvre de Jules Depoix (1824-1903), architecte-voyer de la Ville. Son style est comparable à d'autres mairies environnantes de cette époque, témoin d'une architecture républicaine d'apparat qui valorise l'institution et l'impose aux regards :
Une situation centrale, le long de l'axe qui relie Paris à Argenteuil, actuel boulevard Jean Jaurès. Précédée d'une vaste place publique qui la met en valeur, et plantée à l'époque de 64 tilleuls argentés.
Une façade majestueuse composée de neuf travées, dont la partie supérieure centrale porte le mot « mairie », un fronton interrompu orné de figures couchées encadrant une horloge. Le sculpteur Adolphe Leleu est l'auteur des allégories entourant l'horloge.
Un campanile surplombant la place de la mairie. À l'intérieur de celui-ci, quatre cloches sonnent les heures de la journée.
Dans ce bâtiment sont placés le décor peint de la salle des mariages en 1878 et les fresques de l'escalier d'honneur en 1889.
La Ville s'est développée… La mairie aussi doit grandir !
L'agrandissement décidé au début du XXe siècle répond aux besoins de nouveaux espaces face à l'industrialisation et l'urbanisation de la commune : la population a bondi de 17 000 habitants à 42 000 en moins de trente ans ! En 1905, Bertrand Sincholle, architecte-voyer de la commune — celui chargé de gérer les biens communaux — et Eugène Bidard, architecte, agrandissent la mairie par le façonnage de deux « ailes » à gauche et à droite. La décoration intérieure en staff et stuc a été réalisée par le sculpteur Henri Frédéric Varenne.
Depuis sa dernière inauguration en 1907, l’Hôtel de Ville n’a cessé d’évoluer au fil des décennies. Si aucune nouvelle construction n’a été réalisée depuis l’aménagement du parvis en jardin public en 1995, en remplacement de l’ancien parking, le bâtiment a néanmoins fait l’objet d’une série de rénovations depuis 2019.
La dégradation progressive des éléments de façade, constitués de pierres en stuc, a en effet nécessité une intervention d’envergure. Pendant près d’un an, des filets de protection ont été installés sur le fronton afin de prévenir tout risque de chute de matériaux. Les travaux ont aussi porté sur un ravalement complet des façades, accompagné d’une restauration minutieuse des éléments sculptés. Le campanile, situé au sommet de l’Hôtel de Ville, a été entièrement reconstruit. Son ancien socle en fonte, fragilisé par le temps et les effets prolongés de l’exposition au soleil, a été remplacé par une structure faite de bois et recouverte de zinc.
Parallèlement aux rénovations extérieures, l’Hôtel de Ville a également fait l’objet d’importants travaux visant à moderniser et valoriser ses espaces intérieurs. Le hall d’entrée principal, qui assure l’accueil du public, a ainsi été entièrement rénové afin d’offrir un espace plus fonctionnel et accueillant. L’escalier d’honneur a lui aussi bénéficié d’une remise en état complète, avec un rafraîchissement de l’ensemble des peintures et une restauration des fresques par des spécialistes. Tout comme les lustres, les huisseries ont été rénovées. Les travaux de modernisation de l’espace dédié à l’état civil ont par ailleurs permis une redécouverte patrimoniale inattendue : une grande fresque ancienne, dissimulée sous un faux plafond.

Le rez de chaussée abrite dans partie centrale le hall d’accueil, point d’entrée principal pour le public. L’aile droite accueille le couloir et le hall des élus qui donnent sur les bureaux des adjoints au maire. Dans l’aile gauche, se situent l'état civil, la Direction de l'Hôtel de Ville et le service courrier.
Le hall abrite un escalier monumental qui dessert le 1er étage. Emprunté pour les mariages et les manifestations, l'escalier a été décoré de la plaque de marbre des 30 maires, rappelant qu'ils ont œuvré pour Clichy depuis 1790 à nos jours. Il mène au 1er étage. Les deux vases aux coins de l'escalier sont du céramiste sculpteur clichois Émile Grittel (1870-1953). Le conseil municipal de la ville de Paris a offert à la ville deux toiles présentées à l'exposition universelle de 1889. Ces fresques qui décorent les deux murs latéraux représentent le développement urbain sans précédent du territoire de Clichy entre 1789 et 1889.
La salle des mariages est décorée des revêtements picturaux de Pécheux, décorateur de renom pour l'ensemble du bâtiment. Elle est de style Louis XVI, caractérisé par de nombreux angelots présents dans tous les recoins ! Les peintures de cette salle sont d'Oscar-Pierre Mathieu (1845-1881), 2e grand prix de Rome. Elles ont été montrées lors de l'exposition universelle parisienne de 1878 avant d'être installées sur les murs de cette salle.
Sur un nuage porté par Chronos, dieu du Temps reconnaissable à son âge, sa faux et ses ailes, un jeune couple vêtu à l'antique se présente devant une allégorie de la Loi, qui unit les époux au nom des tables de la Loi qu'elle désigné d'une main. De nombreux angelots les entourent, dans un style rappelant François Boucher. L'un d'eux tient les tables de la Loi (le fonctionnaire…). Un autre tend un coffre à bijoux vers les mariés, allusion à la dot, au trousseau et augure de la bonne fortune du couple.
La Naissance, l'Étude, le Tirage au sort — qui disparaîtra peu après avec la généralisation du service militaire abaissé à trois ans —, la Demande en mariage, le Travail produit l'abondance et la richesse, le Vote et la Mort. Sur le Vote, il est significatif qu'un rameau d'olivier surgisse derrière l'urne : le suffrage universel n'est-il pas une garantie de paix vantée par le régime démocratique républicain, au-delà des divergences d'opinion ?
Dans cette pièce de style Louis XV, observez pour commencer l'imposante décoration en staff et stucs par le sculpteur Henri Frédéric Varenne, agrémentée de dorures et de polychromies variées. Le plafond à l'italienne épouse la forme de la toiture par des encorbellements cintrés suivant les plans de 1905. Le parquet à chevrons a récemment été rénové pour redonner du cachet à cette pièce d'exception. Elle possède deux ouvertures directes sur les salles d'attente et des commissions par des portes monumentales richement décorées. Dans cette salle, figure une toile d'Eugène Béringuier de 1910 qui illustre le scrutin de 1790 à l'issue duquel Georges Soret est devenu le premier maire de Clichy.
Dominé par la cheminée en pierre du Jura sculptée par Alphonse Germain et où trône un cartel antique, le salon d'honneur est de style néo-grec. Il fut appelé auparavant salon Madame de Sanzillon. En face, à gauche de la porte d'entrée, une plaque dévoilée en 2016 par le Maire Rémi Muzeau présente la création de Clichy Mécénat, structure destinée à soutenir l'organisation d'animations et d'événements municipaux, en présence des deux entreprises Bic et L'Oréal. Ce salon fut le bureau du maire entre 1983 et 2004. C'est Jacques Delors, alors ministre des Finances et maire de Clichy, qui s'y était installé.
De 1907 à 1983, les maires installent leur bureau dans le salon d'honneur situé au rez-de-chaussée. Cette salle comporte une glace monumentale style Louis XIV, une cheminée en marbre noir décorée de feuilles d'Acanthe et rehaussée avec une horloge. On peut remarquer les deux armoires vitrées emboîtées dans chaque coin de la pièce. À la suite d'un incident en 1983, l'État avait en effet demandé à l'administration municipale de déplacer le bureau du Maire à l'étage. Depuis 2004, le maire est installé dans cette pièce. Ce fut le bureau du Premier adjoint avant 1994, puis le bureau des secrétaires.