Ville de Clichy
 
La crue de 1910 à Clichy

La grande crue de 1910 à Clichy : entre catastrophe naturelle, solidarité locale et transformation urbaine

1910, l’année où la Seine sortit de son lit

L’hiver 1909-1910 demeure l’un des épisodes pluviométriques les plus marquants de l’histoire des communes riveraines de la Seine.

À Clichy, alors en pleine mutation industrielle, la crue exceptionnelle de la Seine bouleversa profondément la vie des habitants, l’activité économique et l’organisation urbaine.

Au-delà des images emblématiques de la crue parisienne, l’événement de 1910 fut aussi une épreuve vécue au plus près des Clichois.

Ce livret retrace l’ampleur de cette catastrophe naturelle et les réponses apportées par la commune.

À l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2026, revenir sur la crue de 1910 permet d’interroger le lien historique entre Clichy et la Seine, de comprendre les vulnérabilités du passé et les enseignements qui ont contribué à façonner la ville d’aujourd’hui. Cette crue qui est un événement majeur pour Clichy comme pour l’ensemble de la région parisienne a durablement marqué l’histoire des villes et de leurs habitants.

 

L'hiver des grandes inondations

L’hiver 1910 fut marqué par des pluies abondantes sur une grande partie du territoire français. Entre janvier et février, des intempéries exceptionnelles provoquèrent des crues d’une ampleur remarquable, notamment sur le bassin de la Seine.

Déjà en crue à la fin janvier, la Seine atteignit des niveaux records au début du mois de février. À Paris, les eaux montèrent jusqu’à 8,62 mètres au pont de la Tournelle. Le Quartier latin, Les Halles et Le Marais furent particulièrement touchés. Des milliers d’habitants durent être évacués, tandis que les stations de métro et les galeries souterraines furent inondées. Cette crue perturba durablement la vie économique et sociale de la capitale.

Dès l’automne 1909, les sols du bassin parisien étaient saturés d’eau. À cela s’ajoutèrent, en décembre et janvier, d’importants épisodes pluvieux ainsi qu’une fonte des neiges dans plusieurs régions situées en amont.

Clichy au début du XXe siècle : Une ville façonnée par la Seine

En 1910, Clichy est une commune en pleine expansion. Située aux portes de Paris et en bord de Seine, elle attire industries, entrepôts et infrastructures de transport. Véritable moteur économique, le fleuve constitue aussi un risque permanent.

Les quartiers proches de la Seine regroupent alors usines, ateliers et logements ouvriers souvent installés dans des zones basses, peu protégées contre les crues. Les berges étant encore peu aménagées et les moyens de prévention limités, la crue de 1910 eut à Clichy des conséquences particulièrement importantes, tant sur le plan matériel que social.

La montée des eaux à Clichy

De janvier à mi-février 1910, la Seine sort de son lit et transforme les rues en véritables canaux. Caves, rez-de-chaussée et ateliers sont inondés, tandis que la circulation devient difficile, voire impossible.

Le 28 janvier, l'eau s'infiltre partout, notamment par les égouts, dont la pression soulève 220 bouches à Clichy, aggravant encore la situation. Face à l'ampleur des dégâts, le Président de la République Armand Fallières se rend sur place et assure la municipalité du soutien du gouvernement.

Le quotidien des habitants est profondément bouleversé : des passerelles sont installées entre les immeubles, le ravitaillement des quartiers isolés s'organise et les entreprises situées en bord de Seine sont contraintes de cesser leur activité.

Face à l’urgence, la municipalité crée plusieurs commissions chargées du ravitaillement, des transports, des secours et de l’hébergement des sinistrés. La batellerie devient indispensable pour rejoindre les quartiers les plus touchés, tandis qu’un élu assure une permanence à l’hôtel de ville.

Pour soulager les familles, 90 enfants clichois sont temporairement accueillis en province. Dans toute la ville, la solidarité s’organise : soupes populaires, hébergements d’urgence et mobilisation des services municipaux, des pompiers, des médecins et des forces de l’ordre.

La presse locale participe également à cet élan de solidarité en organisant, le 31 mars 1910, une grande fête artistique au profit des sinistrés. Les photographies de l’époque témoignent de l’ampleur de la catastrophe : immeubles les pieds dans l’eau et habitants circulant sur des passerelles de fortune, parfois accompagnés de leurs animaux.

Certaines entreprises doivent interrompre totalement leur activité. Les machines, souvent installées en sous-sol, sont endommagées et les stocks de marchandises perdus. Cette paralysie économique aggrave la situation de nombreuses familles ouvrières déjà fragilisées par les conséquences de la crue.

 

Une mobilisation municipale et solidaire

Les services municipaux, soutenus par les pompiers, les forces de l’ordre et de nombreux bénévoles, organisent les secours, les évacuations et le ravitaillement des sinistrés. Hébergements d’urgence et distributions de vivres sont rapidement mis en place, tandis que la solidarité des habitants s’exprime dans toute la ville.

Cette crue révèle les limites des infrastructures de l’époque. L’hôpital Gouin est contraint de cesser son activité après l’inondation de ses sous-sols, privant l’établissement d’eau, de lumière et de chauffage. Les opérations sont suspendues et une grande partie des patients évacuée.

Le lent retrait des eaux et l’ampleur des dégâts

Début février 1910, la Seine atteint son niveau maximal avant d’entamer une décrue progressive.  Le retrait des eaux ne signifie pas pour autant un retour immédiat à la normale. Les quartiers inondés restent longtemps impraticables, recouverts de boue, de débris et de déchets charriés par le fleuve.

Les dégâts matériels sont considérables : bâtiments fragilisés, installations industrielles hors d’usage, voirie dégradée. De nombreuses familles doivent entreprendre de longs et coûteux travaux pour réintégrer leur logement. Certaines entreprises en se relèveront jamais complètement de cette catastrophe.

La Seine laisse derrière elle également des traces sanitaires avec des problèmes d’hygiène publique et des risques de maladies liés à la stagnation de l’eau et à la pollution.

 

Une histoire locale, un héritage commun

Aujourd’hui, la crue de 1910 occupe une place importante dans l’histoire de Clichy. Les archives municipales en conservent de précieux témoignages, rappelant à la fois la puissance du fleuve, la vulnérabilité du territoire et la solidarité dont les habitants ont fait preuve face à cet évènement.

À l’occasion des Journées Européennes du Patrimoine 2026, la Ville invite chacun à redécouvrir cet événement marquant, qui a profondément transformé Clichy, et à réfléchir aux enjeux actuels liés à la gestion des risques et à l’aménagement urbain.

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